
Trois poèmes de Léopold Sedar Senghor.
Une main de lumière a caressé mes paupières
de nuit
Et ton sourire s’est levé sur les brouillards qui flottaient
Monotones, sur mon Congo
Mon cœur a fait écho au chant virginal des oiseaux
D’aurore
Tel mon sang qui rythmait jadis le chant blanc
De la sève dans les branches de mes bras
Voici la fleur de brousse et l’étoile dans mes cheveux
Et le bandeau qui ceint le front du pâtre athlète
J’emprunterai la flûte qui rythme la paix des troupeaux
Et tout le jour assis à l’ombre de tes cils,
Près de la Fontaine Fimela
Fidèle, je paîtrai les mugissements blonds de tes troupeaux
Car, ce matin, une main de lumière a caressé mes paupières
de nui, et tout au long du jour, mon chœur a fait écho au chant
Virginal
des oiseaux.
Tu as gardé longtemps, longtemps entre tes mains le
visage noir du guerrier
Comme si l’éclairait déjà quelque crépuscule
fatal.
De la colline, j’ai vu le soleil se coucher dans les baies
De tes yeux.
Quand reverrai-je mon pays, l’horizon pur de ton visage ?
Quand m’assiérai-je de nouveau à la table de ton sein
Sombre ?
Et c’est dans la pénombre le nid de doux propos.
Je
verrai d’autres cieux et d’autres yeux.
Je boirai à la source d’autres bouches plus fraîches
Que citrons
Je dormirai sous le toit d’autres chevelures à l’abri
des orages.
Mais chaque année, quand le rhum du Printemps fait flamber la mémoire
Je
regretterai le pays natal et la pluie de tes yeux sur la soif des savanes.
Je t’ai filé une chanson douce comme un murmure
de
Colombe à midi
Et m’accompagnait grêle mon khalam tétracorde.
Je t’ai tissé une chanson, et tu ne m’as pas entendu.
Je t’ai offert des fleurs sauvages, dont le parfum est
Mystérieux comme des yeux de sorcier.
Et leur éclat à la richesse du crépuscule à Sangomar.
Je t’ai offert mes fleurs sauvages. Les laisseras-tu se faner,
O toi qui
te distrais au jeu éphémère ?